DÉCOLONISER LA COLLECTION ou comment rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ? Restituer ce qui a été volé ou retourner les objets appartenant à d’autres pays ? Rendre la dignité à chaque personne humaine ou chaque peuple dans leur égalité et leur unité. Rien de tout ça ne se fera sans volonté politique, sans ôter les freins du droit international, sans la mise en place de conventions et de fonds nécessaires. Et surtout, sans l’accord de celui qui est censé recevoir ce qui lui revient de droit.

Sortir les pièces des Musées : un processus qui pourrait s’annoncer plus long que prévu.

 

Les tables rondes et le colloque « Décoloniser la collection » du 12 septembre 2018 avait pour but de donner à un public plus large que celui des professionnels des clés de réflexion sur la restitution.

La Colonie, près de la gare du Nord, est un espace décolonisé qui décloisonne les savoirs, les pratiques et qui valorise une approche trans-culturelle, trans-disciplinaire et transgénérationnelle. Chacun y trouve sa place ou reste à la sienne puisque le spectacle s’exporte à l’extérieur et n’hésite pas à déranger. Le but est atteint : la rue est bousculée les conducteurs s’impatientent, les curieux s’invitent à la porte vitrée pour suivre des yeux le tableau artistique vivant qui regagne le hall. « Les séquelles de la colonisation, patrimoine africain et ses conflits » titre de l’atelier dans lequel le danseur et chorégraphe Zora Snake intervient lors des tables rondes. Servi par deux prêtresses de blanc vêtues, tout en muscle, il déambule, se contorsionne, invite les spectateurs dans la danse pour le rituel où domine la couleur rouge. La divinité de la maison est remerciée et nourrie à l’oeuf frais parfumé à l’huile de palme rouge. Expression d’un trauma où la tradition l’emporte ?

La circulation reprend son cours et ignore le débat autour d’autres termes tels que la restitution et le retour des oeuvres d’art entre experts:  linguiste, psychiatre, ethno-psychiatre, psychanalyste, critique d’art, collectionneur, acheteur, ethnologue, directeur de Musée, conservateur, historienne de la culture, avocat, artistes et citoyens…

Ce colloque transversal et trans-disciplinaire n’avait pas pour but de juger ni d’incriminer mais d’éclaircir la question de la restitution des objets d’art anciens fleurissent les Musées européens et qui ont leurs racines ailleurs.

 

Le débat sur la restitution suite à pillage et appropriation illégal de biens date de 1815.

L’UNESCO a déjà procédé à des restitutions. Dans le cadre des discussions tenues au sein du Comité depuis 2006 et des contacts entretenus par ailleurs par les autorités suisses, le Conseil international des Musées (ICOM) et le Secrétariat de l’UNESCO en relation avec les parties concernées par ce cas (République Unie de Tanzanie et Musée Barbier-Mueller de Genève), sont parvenus à un accord bilatéral. 

La cérémonie de restitution a eu lieu sous l’égide de l’ICOM et en présence de l’UNESCO le 10 mai 2010 dans un hôtel parisien. 

Kader Attias, le maître de la maison, ne manque pas de rappeler la complexité de la restitution et la nécessité de cartographier cette complexité. Il faudrait ré-apprendre l’histoire de ces objets d’arts anciens pour leur rendre leur légitimité. La généalogie est fondamentale pour le traitement de cette question historique. Ces objets sont la continuation du corps intellectuel et émotionnel. Seraient-ils ressentis comme un membre fantôme là où ils n’y sont plus ? Les objets d’arts anciens ont été pillés et ramenés comme butins de guerre voir même de guerre de religions.

Philippe Dagen, critique d’art, examine quelques textes publiés en 1894 dans la presse et les revues savantes françaises au sujet des statues royales d’Abomey et d’autres royaumes du Bénin qui font l’objet de demandes de restitution, afin de montrer les effets de l’idéologie colonialiste sur la perception ou plus encore sur la non-perception de ces sculptures. Nous pouvons y voir la hiérarchie des races et des cultures qui s’affronte et s’entrelace chez un certain nombre d’auteurs à l’époque des zoos humains en 1893. Notamment à l’égard de la statue des trois rois et figures anthropomorphes pris à Abomey par la Troupe Dodds lors de la défaite de Béhanzin. Les commentaires qu’on trouve sur ces populations témoignent du mépris, du dénigrement systématique des populations à l’époque. Commentaire que l’on peut trouver sur ces populations : « tous les jours ils sacrifient des poulets et offrent des grains à d’informes petites statues de bois d’aspect négroïdes barbouillées de rouge et de bleu ». Les oeuvres d’art sont présentées comme des caricatures, des objets grotesques.

Feldwin Sarr, expert pour la restitution du patrimoine africain, définit la restitution : restituer : ré-instituer dans un milieu originel. Mettre en avant la dimension philosophique, anthropologique et la fonction symbolique ; resocialiser les objets. Ré-inventer les objets ? Que faire de ces objets ? Les renvoyer dans les villages pour qu’ils reviennent chargés de symbolique? Les re-sacralisés. Ré-inventer l’usage des objets devenus de vraies diasporas.

Il faut rendre les objets aux communautés d’où elles appartiennent, mais est-ce que ces objets vont retrouver leur identité, leur fonction première ?

Le Prince Serge Guézo est venu parler des biens de sa famille pillés après la guerre coloniale de 1892/1894 et emportés d’Abomey. Du rôle primordial qu’a eu le courrier de Sa Majesté Feu le Roi Agoli Agbo d’Abomey, le Roi de Savè, Adetutu Onishabé et d’autres membres de familles royales et d’ayants droit, tel que lui-même, envoyé au Président de la République du Bénin ou de la France pour réclamer le retour de leur patrimoine culturel. Le Président béninois Patrice Talon fit la demande au Président Macron qui accepta de rendre au Bénin ses biens.

Une partie de ce patrimoine béninois, la copie du Trône du Roi Guézo et le Trône du roi Adandozan qui se trouvaient au Musée National de Rio, ont disparu dans l’incendie de ce dernier. La demande du retour de ce patrimoine avait aussi été faite à l’Etat brésilien. 

Le Président Béninois, Patrice Talon vient de mettre en place un comité pour la restitution présidé par M. Nouréini Tidjani-Serpos, ancien sous-directeur général Afrique de l’UNESCO. Dans le cadre du Plan d’Action du Gouvernement, des Musées aux normes internationales de sécurité requises sont créées au Bénin afin de réceptionner les oeuvres d’art et objets béninois.

Pour éviter l’oubli à jamais d’objets volés dans les Musées ou des pertes telles que dans les incendies de Rio, pour favoriser le partage de la connaissance au plus grand nombre, Marie-Ange Billot Thébaud et le Prince Serge Guézo mettent en place le E-memoire de l’Humanité. Un site et une application qui présenteront une collection d’oeuvres d’art commentée par les experts du comité de la restitution et des historiens. Ces photos et vidéos seront sur le web et accessible à tous. Les vidéos seront aussi projetés lors du Festival International de Films Itinérant Mémoire de l’Humanité. Un festival qui fera le tour du monde et qui suivra l’itinéraire de la Route de l’esclave. Un appel à partenariat est lancé.

Courriel : contact@sourcedelhumanite.com

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